© Guillaume Vellard 

Le Funambule (extrait)

Jean Genet, Le funambule.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« S’il rêve, lorsqu’il est seul, et s’il rêve à lui-même, probablement se voit-il dans sa gloire, et sans doute cent, mille fois il s’est acharné à saisir son image future : lui sur le fil un soir de triomphe. Donc il s’efforce à se re présenter tel qu’il se voudrait. Et c’est à devenir tel qu’il se voudrait, tel qu’il se rêve, qu’il s’emploie. Certes de cette image rêvée à ce qu’il sera sur le fil réel, il y aura loin. C’est pourtant cela qu’il cherche : ressembler plus tard à cette image de lui qu’il s’invente aujourd’hui. Et cela pour, qu’étant apparu sur le fil d’acier ne demeure dans le souvenir du public qu’une image identique à celle qu’il s’invente aujourd’hui. Curieux projet : se rêver, rendre sensible ce rêve qui deviendra rêve, dans d’autres têtes !

(…) Il peut aussi, sur cet étroit chemin qui vient de nulle part et y va (c’est une ligne étrange et une cage) donner la représentation d’un drame : (…) La solitude ne saurait lui être accordée que par la présence du public. »