© Guillaume Vellard 

PETER PAN (extrait)

James Matthew Barrie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« J’ignore si vous avez jamais vu la carte de l’esprit de quelqu’un. Les médecins, parfois, tracent des cartes d’autres parties de vous-même, ce qui peut se révéler des plus intéressants ; mais surprenez-les donc à tracer celle de l’esprit d’un enfant qui est, non seulement chaotique, mais ne cesse de battre constamment la campagne ! Vous y verrez une foule de ligne en zigzag, tout comme celles de votre feuille de température, et sans doute s’agit-il des chemins sillonnant votre île, car le pays de Nulle Part est toujours plus ou moins une île avec de merveilleuses éclaboussures de couleur çà et là, des coralliens et, au large, de fins bateaux de pirates, des antres sauvages et solitaires, des gnomes (pour la plupart tailleurs), des grottes traversées de rivières, de jeunes princes avec six frères plus âgés, une cabane croulante et une très vieille petite dame au nez crochu. Ce serait tout compte fait une carte facile à dessiner si l’on s’en tenait là mais il y a aussi le premier jour à l’école, la religion, les prêtres, le bassin rond, les travaux d’aiguille, les meurtres, les pendaisons, les verbes irréguliers, le jour du gâteau au chocolat, les premières bretelles, dire trente-trois, six sous si tu t’arraches ta dent tout seul, et ainsi de suite…»